Manolo Cabras

Partant de la tradition, le bassiste Manolo Cabras repousse sans cesse les frontières du free jazz, non seulement comme accompagnateur fort sollicité mais aussi avec quelques-uns de ses propres projets.

27.05, 20.00, BRUSSELS JAZZ WEEKEND - Music Platform:
Jordi Grognard Trio

28.05, 19.30, BRUSSELS JAZZ WEEKEND - Le Cercle Des Voyageurs:
Augusto Pirodda Quartet

 

Qui est… Manolo Cabras ?

Son pays natal est la Sardaigne (Cagliari) où au départ, il étudie le violon classique.

Jusqu’au jour où, pour blaguer, il s’empare de la contrebasse de son frère, un instrument qu’il tente de maîtriser en autodidacte. La pratique, il l’acquiert avec un petit groupe s’adonnant à des reprises.

Les albums de Weather Report, Ornette Coleman et Miles Davis jouent quant eux un rôle plus marquant car il y découvre l’univers du jazz fusion.

Pour la musique, Manolo Cabras (°1971) se rend dès ses dix-huit ans à Milan, Rome, Sienne et Bologne. C’est alors l’époque pré-Berlusconi et il règne encore en Italie un vent de liberté et d’expérimentation.

En passant par Paris, Londres, l’Espagne et une escale aux Pays-Bas (1996-2002, études au conservatoire de La Haye), il pose pied à Bruxelles où il s’impose d’emblée comme un des bassistes les plus recherchés et appréciés de la scène du jazz et de l’improvisation belge.

Dès le début, Ben Sluijs fait appel à ses services. Cette collaboration est amplement illustrée par les différents enregistrements pour le label W.E.R.F.

Il en va de même pour un autre frère d’armes de Cabras, Erik Vermeulen. Une série impressionnante de CD sort sous ce même label de qualité belge.

En parallèle, on le croise entre autres au sein du Manuel Hermia Trio, Heptatomic (le septette autour d’Eve Beuvens), Daniele Martini Quartet, Free Desmyter Quartet, Unlimited (le quartet du saxophoniste Fred Delplancq) et l’Augusto Pirodda Quartet.

Sa sortie la plus récente est celle avec le trio Wheels. Après deux « extended plays », « Soulitude » marque le début officiel du groupe. Avec le guitariste Mathias Van de Wiele (leader de cette formation) et le batteur Jakob Warmenbol, le bassiste explore les frontières entre rock psychédélique, jazz et improvisation.

Cabras partage aussi la scène avec de grands noms internationaux dont Charles Gayle (sortie du CD du trio avec Giovanni Barcella prévu le 27 avril à Gand), Marshall Allen (Sun Ra Orkestra) et Toots Thielemans.

Manolo Cabras donne également cours au Jazzstudio d’Anvers.

Toutefois, il ne se produit pas uniquement comme instrumentiste mais se distingue aussi au sein de ses propres projets et groupes.

Ainsi, il y a Manolo Cabras & Basic Borg avec entre autres le légendaire saxophoniste italien Riccardo Luppi et la vocaliste Lynn Cassiers. Le groupe met entièrement l’accent sur la stratification du groove et des matériaux harmoniques mais alors avec un degré d’indépendance à tous les niveaux.

À la Jazzstation, il présentera ce samedi « Melys In Diotta », le dernier CD de son propre quartet. Ses complices sont le trompettiste Jean-Paul Estiévenart, le pianiste Nicola Andrioli et son fidèle compagnon depuis des lustres Marek Patrman aux percussions.

 

Quel(le) est…

… votre lieu préféré à Bruxelles ?

Avant, je vous aurais dit le Kafka lorsque le café se trouvait encore dans son emplacement d’origine. C’était un lieu de rencontre pour musiciens, artistes et noctambules en tous genres. Malheureusement, Bruxelles a bien changé, en particulier pour les musiciens de jazz. Les lieux intéressants ferment leurs portes ou se font contrecarrer, comme le Chat-Pitre que je considère comme mon lieu préféré. C’est un véritable caberdouche qui attire tout autant un public international qui s’y sent chez lui, que de vrais Bruxellois. Et, ce qui ne gâche rien, le proprio organise des concerts et malheureusement, il doit sans cesse faire face aux réticences du voisinage.

 

… le dernier CD ou album que vous vous êtes offert ?

Il date de 1957, « Solemn Meditation » du pianiste Paul Bley aux côtés de Charlie Haden, Lennie McBrowne et Dave Pike. C’était la période qui a succédé aux enregistrements avec Charles Mingus et il cherchait peu à peu une autre direction mettant de plus en plus l’accent sur la polytonalité et la polymodalité. Au départ, vous pourriez penser qu’il veut marcher sur les traces du Modern Jazz Quartet mais en écoutant les arrangements de manière plus attentive, vous découvrez toute sa maîtrise.

 

votre plus beau souvenir d’un concert récent ?

Je dois avouer qu’il est rare que des concerts m’impressionnent. Une artiste que j’ai vue sur scène à plus ou moins trois reprises et qui, à chaque fois, a réussi à m’émouvoir, est la vocaliste norvégienne Sidsel Endresen. Rien qu’avec sa voix, elle parvient à ébranler l’auditeur en son for intérieur. Elle n’utilise que peu de textes mais crée une ambiance très particulière. En duo avec son compatriote et guitariste Stian Westerhus, elle m’a également fortement impressionné.

 

… votre expression favorite du moment ?

Lorsque le batteur brésilien Airto Moreira demanda à Miles quelle était la meilleure manière de s’adapter et d’être à la hauteur de sa musique natale, le trompettiste lui répondit : « Play like water ». C’est un adage que je tente personnellement d’appliquer à chaque fois. J’évite les détours superflus et j’essaie de jouer de la manière la plus décontractée possible. C’est la raison pour laquelle j’ai du mal avec le jazz européen exagérément artificiel où le rythme et l’harmonie se montrent parfois bien trop rigides. L’art du « tempo stretching » est essentiel.