Nathalie Loriers

La figure de proue du piano jazz belge dirige non seulement ses propres groupes (internationaux) mais elle joue également un rôle déterminant au sein du bastion masculin que représente le Brussels Jazz Orchestra.

09.09, 20.00, Marni Jazz Festival:
Nathalie Loriers + Tineke Postma + Nicolas Thys

13.10, 20.00, Wolubilis:
Brussels Jazz Orchestra + David Linx : Brel 

 

Qui est… Nathalie Loriers ?

Après une formation en piano classique, Nathalie Loriers (°1966) porte rapidement son attention sur le jazz. L’année où elle décroche son premier prix de piano jazz et d’harmonie jazz au Conservatoire Royal de Bruxelles (1999), elle est également élue Meilleure Jeune Soliste lors du Brussels Jazz Rally. Ceci marque le début d’une belle série de reconnaissances.

Elle sort son premier CD « Nymphéas » en 1991.

Ensuite, les choses s’accélèrent et les étapes se succèdent. Ce qui est frappant dès le début est l’intérêt qu’elle porte à la tradition et le respect dont elle témoigne à l’égard de ceux qui ont écrit une partie de l’histoire du jazz (belge).

Ainsi, il y a des concerts et des enregistrements avec, entre autres, Sadi, Jacques Pelzer, Steve Houben, Toots Thielemans, Philip Catherine, Aldo Romano et même Lee Konitz et Al Levitt avec lesquels elle enregistre le CD « Discoveries ».

Elle remporte le Django d’or non seulement belge mais aussi européen.

Elle invite Frank Vaganée, Kurt Van Herck et Laurent Blondiau pour l’enregistrement du CD « Tombouctou » (Nathalie Loriers Trio + Extensions). Pour former le groupe Chemins Croisés, elle s’adjoint les services du joueur de oud Karim Baggili et du clarinettiste Gianluigi Trovesi.

À partir de 2002, elle devient la pianiste attitrée du Brussels Jazz Orchestra. Un nouveau CD sortira début de l’année prochaine.

Depuis 2013, elle forme un trio avec Tineke Postma (le bassiste est actuellement Nicolas Thys). Leur premier CD, « Le Peuple des Silencieux » (2014), a été accueilli partout avec enthousiasme. La suite sera mise en boîte ce mois-ci.

Quel(le) est…

… votre lieu préféré à Bruxelles ?

En fait, je suis quelqu’un qui a besoin de nature. J’habite donc actuellement plutôt loin de la capitale. Pourtant, il fut un temps où j’avais mon chez-moi en plein cœur de Bruxelles. Mais j’étais submergée par l’énergie et l’information qu’engendre la ville. Par contre, j’apprécie énormément un endroit comme Watermael-Boitsfort en lisière de la forêt de Soignes. J’aime ces vieilles maisons dans un style architectural particulier. Elles dégagent une certaine chaleur, une familiarité. Et bien sûr, la forêt est juste à deux pas. Malheureusement, les maisons sont devenues impayables dans ce quartier.

… le dernier CD ou album que vous vous êtes offert ?

J’ai acheté moins d’albums et de CD ces derniers temps. J’écoute principalement de la musique en ligne. Je suis plutôt du genre à me rendre dans un magasin avec en tête l’achat d’un nouvel album ou CD bien précis. Malheureusement, les bons magasins de disques se font rares. Ils disparaissent les uns après les autres, comme tout récemment encore Ut Pictura Musica au Sablon. Mon achat le plus récent était « The String Project Live in Brussels » de Philip Catherine. De très belles compositions mais surtout de superbes arrangements. La combinaison des instruments à cordes et du jazz n’est pas chose aisée. J’ai moi-même réalisé un enregistrement avec un quatuor à cordes (« Moments d’éternité »), je connais donc depuis lors les pièges que comporte cet exercice. Ce qui est certain, c’est que Philip sait parfaitement comment les éviter.

votre plus beau souvenir d’un concert récent ?

C’est indiscutablement le concert en solo de Fred Hersch l’année dernière au BOZAR. La manière qu’il a de tout maîtriser, de garder le contrôle est tout bonnement magistrale. C’est comme s’il jouait un morceau à quatre mains avec un deuxième pianiste à ses côtés. Brad Mehldau est en mesure de faire la même chose mais le son est nettement plus technique. Il a d’ailleurs eu Hersch pour professeur. Dans le temps, j’ai eu l’occasion d’assister à une « master class » de Hersch et ce que j’y ai entendu et vu en matière d’harmonie et de lyrisme était exceptionnel. Pour moi, il est du même calibre que Keith Jarrett, à la seule différence que les médias n’en parlent que rarement.

… votre expression favorite du moment ?

C’est une expression de Toots : « [I feel best in that little space] between a smile and a tear » ([Là où je me sens le mieux, c’est dans ce petit espace] entre un sourire et une larme). C’est une expression que j’utilise pas mal ces derniers temps, tant dans ma vie privée que lors de mes cours. Lorsque je me suis passionnée pour le jazz, c’était précisément ce qui m’attirait : d’une part la tristesse et de l’autre la joie. J’essaie aussi d’incorporer chaque fois cet antagonisme dans ma musique. La joie extrême, c’est moins mon truc. Je constate également que la jeune génération semble souvent très tourmentée. C’est peut-être tout simplement le reflet de notre époque et de notre société.