Fabian Fiorini

Un pianiste qui non seulement exécute et improvise les œuvres classiques les plus difficiles mais crée aussi des compositions jazz aux strates multiples.

05.02, 20.30, Jazz Station :
‘The Scarlatti Book’ – Aka Moon & Fabian Fiorini

06.02, 18.00 (!), Jazz Station :
‘The Scarlatti Book’ – Aka Moon & Fabian Fiorini

19.05, 20.15, CC De Meent (Alsemberg) :
Fabian Fiorini en solo

 

Qui est… Fabian Fiorini ?

Fabian Fiorini (°1973) suit les cours aux Conservatoires Royaux de Bruxelles et de Liège.
Il s’intéresse d’emblée à la pollinisation croisée entre musique classique contemporaine et jazz où il considère composition et improvisation comme des composantes équivalentes.
Il compose régulièrement pour le théâtre, la danse et le cinéma mais aussi sur commande pour de grands ensembles orchestraux.
En parallèle, il n’a de cesse d’étendre sa connaissance de la musique en provenance d’autres continents.
Début des années nonante, il fait partie de la génération qui contribue au Kaai bruxellois à conférer au jazz belge une maturité indubitable.
C’est d’ailleurs dans ce creuset qu’Aka Moon verra le jour ultérieurement, la formation avec laquelle il collabore le plus souvent, tant sur scène que sur album.
D’autres groupes au sein desquels Fabian Fiorini joue actuellement un rôle clé sont notamment Fiorini-Houben Quartet, Al Funduq, Octurn et MikMâäk.
2008 voit la sortie du CD en trio « Something Red in the Blue » (Cypres) avec à ses côtés le bassiste Jean-Luc Lehr et le batteur Chander Sardjoe. Une triangulation entre Bach, Monk et Fiorini.
Tout récemment, il a sorti son premier CD solo, « De papillons noirs » (el Negocito Records).

 

Quel(le) est…

… votre lieu préféré à Bruxelles ?

Ce sont incontestablement les Marolles, le dernier bastion populaire de Bruxelles. Même pendant la seconde guerre mondiale, le marché aux puces a continué à avoir lieu. Lors du récent niveau d’alerte 4, c’est vraiment la première fois que tout le monde a dû rester confiné chez soi. « Du jamais vu » selon les marchands de la fameuse Place du Jeu de Balle. C’est en tout cas un petit monde à part avec ses propres us et coutumes, très éloigné de cette macroéconomie qui régit actuellement notre société à tout niveau. Cela s’apparente presque au troc. De vieux objets oubliés reprennent de la valeur. Les Marolles pour moi, c’est la vraie vie dans une ambiance conviviale. Et argument de taille, c’est l’endroit qui a vu naître notre Toots Thielemans national.

 

… le dernier CD ou album que vous vous êtes offert ?

« Le Sacre du Printemps » de Stravinsky. Non pas que je ne connaissais pas cette œuvre mais je m’en suis servi comme illustration lors d’un de mes cours en écriture de partitions et arrangements au Conservatoire Royal. Le Sacre reste pour moi une des plus belles œuvres orchestrales jamais composées. C’est aussi très instructif de montrer d’abord ce que comprend la partition pour piano et de la comparer à celle de l’ensemble de l’orchestre. « Le Sacre du Printemps » est une œuvre charnière entre musique ancienne et nouvelle. Stravinsky a été le premier compositeur à oser appréhender tout ce qui existait jusqu’alors d’une tout autre manière. Schönberg, Mahler et Debussy l’ont fait aussi mais en conservant des points d’attache avec le passé. Stravinsky quant à lui a rompu tous les liens. Il a véritablement porté l’orchestration à un niveau supérieur. Il ne faut pas oublier que la première version du Sacre a vu le jour en 1913 et qu’il a continué à y apporter des modifications jusqu’à sa mort, soixante ans plus tard. C’est vraiment ce qu’on peut appeler l’œuvre d’une vie. Et malgré son degré de difficulté, cette œuvre arrive encore toujours à fasciner petits et grands.

 

votre plus beau souvenir d’un concert récent ?

C’est une prestation en duo de Kris Defoort et Erik Vermeulen dans le cercle très fermé d’une salle de séjour devant une cinquantaine d’invités. Ces deux musiciens se connaissent depuis près de vingt-cinq ans mais n’avaient jamais joué ensemble. Ils nous ont offert de longues improvisations entrecoupées de Monk. Et tout ça, sans répétition préalable. Ce qui m’a surtout épaté, c’est qu’après chaque « morceau », ils intervertissaient leurs places tout en conservant malgré tout leur propre son. Erik Vermeulen est un des plus grands pianistes du monde. Même de véritables connaisseurs en matière de jazz le sous-estiment encore à l’heure actuelle.

 

… votre expression favorite du moment ?

C’est une citation provenant des écritures védiques en rapport avec l’objectivité et la perception. Il s’agit d’écrits et d’idées concernant la réalité qui nous entoure, repris plus tard par Bouddha dans ses enseignements. « Vous ne pouvez affirmer que quelque chose existe. Vous ne pouvez affirmer que quelque chose n’existe pas. Vous ne pouvez affirmer en même temps que quelque chose existe et que ce quelque chose n’existe pas. Vous ne pouvez affirmer ou confirmer le contraire de cette thèse. » À l’époque déjà, ils se rendaient compte qu’on peut chercher la vérité sans jamais la trouver. Il en va de même du bonheur. Il suffit de regarder ce qui se passe dans l’actualité. C’est surtout un acte égoïste d’affirmer que vous êtes le seul à détenir la vérité. Il y a différentes manières de regarder les choses mais aucune n’est en définitive la seule bonne manière.