Igor Gehenot

Jeune pianiste qui sait comment allier style et lyrisme avec justesse, tout autant avec son trio qu’au sein du super groupe Lg Jazz Collective.

30.04, 20.30, Music Village
Igor Gehenot Trio

06.05, 20.30, Jazz Station
Lg Jazz Collective

22.05, 18.30, Brussels Jazz Marathon (Grand Place)
LG Jazz Collective

23.05, 21.30, Brussels Jazz Marathon (Place Fernand Cocq)
Igor Gehenot & Chrystel Wautier 5tet

 

Qui est… Igor Gehenot ?

Igor Gehenot (°1989) est l’exemple type du musicien belge de la jeune génération. Il étudie à différents endroits (Liège, Maastricht) avant de choisir Bruxelles comme camp de base et y participer assidument aux jam sessions au Sounds. Aux côtés d’Antoine Pierre (le batteur attitré de Philip Catherine), il forme le Metropolitan Quartet qui remporte le concours de Comblain-La-Tour (2011). Il tombe ensuite sous le charme de Bill Evans et fonde très vite son propre trio avec Teun Verbruggen et Sam Gerstmans (remplacé entre-temps par Philippe Aerts). « Road Story » (2012), le premier album du trio, fait aussitôt office de véritable référence du jazz belge. Et deux ans plus tard, la suite donnée à ce premier opus : « Motion » (2014) vient tout simplement confirmer ce succès.
Dans l’intervalle, il engrange également le prix « Sabam Jeunesses Musicales Jazz Award » et fait partie du super groupe Lg Jazz Collective constitué de sept personnalités fortes de la scène émergente du jazz belge, bénéficiant chacune déjà d’une solide réputation et qui avec leur premier album « New Feel » peut se targuer d’une très belle carte de visite.
Gehenot est surtout un musicien qui aime relever des défis. Ainsi, il se produit en duo avec le vétéran Robert Jeanne mais monte également un projet pour son trio avec le quatuor polonais Atom Strings Quartet.
Que Gehenot ait pleinement conscience que tous les aspects de la présentation sur scène (éclairage, introduction, tenue…) sont autant de facteurs qui contribuent à la qualité de la prestation, est tout à son honneur. Ses études en graphisme y sont sans doute pour quelque chose alors que sa petite touche d’humour particulière ne manque pas de faire de chaque concert un spectacle à voir absolument.

 

Quel(le) est…

… votre lieu préféré à Bruxelles ?

Pour l’heure, mon endroit préféré est sans conteste le bar Bravo avec au sous-sol un club de jazz, qui a ouvert ses portes il y a de cela un an environ. C’est hallucinant de voir l’énergie que dégage cet endroit. Le Bravo répond clairement aux exigences de la jeune génération. Impossible de faire l’impasse sur les mercredis soir ! Les atouts de ce lieu sont le service aimable, les prix démocratiques et un piano en bon état. En plus, sa situation en plein centre-ville est bien entendu idéale. Autre élément positif : les concerts ne commencent pas trop tard. J’aime aussi m’y rendre le vendredi soir, même si la musique est alors plus axée sur le groove. C’est un lieu ouvert à tous, aussi bien ceux qui aiment sortir et passer une soirée entre amis que les passionnés de musique, amateurs de concerts live. Le Bravo offre à de nouveaux groupes l’opportunité de se produire, ce qui est rare dans le milieu. Mais depuis peu, le club accueille également des grands noms internationaux, ce qui ne fait qu’ajouter au plaisir de tout un chacun.

 

… le dernier CD ou album que vous vous êtes offert ?

Il s’agit de l’album « Girl Talk » de la chanteuse polonaise Monika Borzym. Elle allie ingénieusement la musique pop au jazz sans que cela ne devienne un fond sonore passe-partout. En soi, rien de neuf mais elle opte principalement pour des morceaux des cinq à dix dernières années. En plus, pour cet album, elle s’est entourée de musiciens de premier plan parmi lesquels Eric Harland, Larry Grenadier, Aaron Parks et Seamus Blake. Elle fait en tout cas partie de ces artistes avec lesquels j’aimerais collaborer. Pour le Jazz Marathon, je prévois d’ailleurs un programme spécial avec la chanteuse  Christel Wautier. L’objectif est d’assurer une suite à ce spectacle. J’ai grandi avec la chanson française, d’où mon intérêt pour le chant. Cela ressort aussi dans mon style qui n’est pas tant technique mais plutôt lyrique. Le défi consiste, à l’instar de Tord Gustavsen par exemple, à se mettre au service de l’interprète vocal(e) tout en conservant votre propre style.

 

votre plus beau souvenir d’un concert récent ?

Je citerai le Brad Mehldau Trio, il y a de cela quelques années au Bozar. Ce que j’admire tout particulièrement chez lui, c’est le calme dont il témoigne, assis derrière son piano. Sa manière tout au long de laisser libre cours au morceau est tout autant fascinante. Lors de ce concert, il a joué un morceau de Charlie Parker et ce n’est qu’après une longue introduction qu’il a finalement levé un coin du voile. La façon qu’il a de faire monter la tension est tout bonnement magistrale. À mes yeux, il incarne le Keith Jarrett d’aujourd’hui. Certes, il a fait l’objet d’un battage médiatique soudain par ses reprises de Radiohead mais on ne peut nier qu’il fait à chaque fois preuve de bon goût.
Pour ce qui est des classiques, j’ai plutôt tendance à me restreindre. Il m’arrive toutefois d’en jouer sur scène et sur mon dernier album, c’est un peu par hasard que j’ai repris le titre « In the Wee Small Hours of the Morning ». De toute façon, il y a pas mal de musiciens qui font ça bien mieux que moi. Donc, je préfère m’abstenir et contribuer à la tradition du jazz avec mes propres compositions.

 

… votre expression favorite du moment ?

« C’est dans les plus grandes contraintes que naissent les plus grandes libertés ». J’ai fait des études de graphisme. La première fois qu’un professeur nous a mis face à une feuille blanche sur laquelle ne figurait qu’un point et rien d’autre, et qu’il nous a demandé de partir de là, je suis resté bouche bée. Lorsqu’on me dit que je peux improviser au départ d’une seule note imposée, personnellement, je trouve ça archidifficile. J’ai des collègues qui excellent en la matière, par exemple Manu Hermia pour ne citer que lui. J’ai au moins besoin d’un schéma d’accords de base pour me lancer. L’inspiration me vient aux moments les plus inattendus mais ensuite, cela peut parfois me prendre plusieurs mois avant de transposer cette idée en un morceau accompli. Mais rassurez-vous, je ne me plains pas. D’ailleurs, j’aimerais citer une expression typiquement wallonne qui me tient à cœur : « On neis nin riche mais on vî bien » (on n’est pas riche mais on vit bien). Les musiciens de jazz sont des bons vivants, moi le premier (rires). Si vous vivez une vie fadasse, il est difficile selon moi de transmettre des émotions en tant qu’artiste. Et notre tâche est précisément d’émouvoir les gens.