Jean-Paul Estiévenart

Le trompettiste Jean-Paul Estiévenart, musicien très sollicité par d’autres musiciens, se profile chemin faisant comme un des chouchous du public de par ses activités au sein de groupes très divers.

04.03, Flagey
Jean-Paul Estiévenart Trio

17.03, CC De Meent (Alsemberg)
Jean-Paul Estiévenart Trio

26.03, Marni
MikMâäk-XL bigband

02.04, Jazz Station
Jazz Station Big Band

 

Qui est… Jean-Paul Estiévenart ?

Son statut actuel de musicien polyvalent, Jean-Paul Estiévenart (°1985) le doit surtout à lui-même : à ses tout débuts, c’est avec une assiduité rare qu’il participe quasi tous les lundis soirs aux jam sessions du Sounds ; par ailleurs, cet autodidacte dans l’âme passe des heures interminables à se perfectionner. Il a une prédilection pour le jazz pur et dur mais il ne rate pas une occasion pour rompre avec tous les stéréotypes. Ainsi, il s’est produit avec l’orchestre de swing jazz de Lady Linn et il est membre de l’ensemble multiculturel Marockin’ Brass. En outre, de temps à autre, il fait des apparitions dans les cercles du free jazz, fait partie du Jazz Station Big Band et joue avec le Brussels Jazz Orchestra. Et ce n’est pas tout, on le retrouve entre autres au sein de LG Jazz Collective, MikMâäk et Manu Hermia 5tet.
Toutes ces activités lui ont valu d’être largement reconnu par ses pairs et d’être récompensé entre autres par le Django d’Or 2006 du jeune espoir et une distinction pour son premier album avec son quatuor 4in1. Pour l’instant, il se concentre sur son trio avec Antoine Pierre (batterie) et Sam Gerstmans (contrebasse). Le dernier CD, ‘Wanted’, a reçu un accueil enthousiaste de toutes parts. Le trio vient de clôturer le Jazztour des Lundis d’Hortense et s’affûte pour attaquer la prochaine tournée du JazzLab. Le concert à Flagey est l’occasion idéale pour voir à l’ouvrage cette étoile montante du jazz belge dans les meilleures conditions.

 

Quel (le) est…

… votre lieu préféré à Bruxelles ?

Quand je ne me produis pas, je ne sors pas très souvent. Cependant, en matinée, je me rends régulièrement à l’OR Espresso Bar juste en face du Beursschouwburg. Généralement, je m’installe à la longue table côté rue et je regarde passer les gens. Cela m’inspire, tout comme le fait d’être assis à côté de gens que je ne connais pas du tout et de saisir parfois des bribes de leurs conversations. Ainsi, j’apprends comment les gens « normaux » passent leur journée et quels sont leurs centres d’intérêt. De temps à autre, il m’arrive de nouer une conversation avec certains d’entre eux. Je fais pareil dans le train, du moins s’ils ont l’air aimable (rires).
C’est une évidence que les non-musiciens ou les gens qui ne sont pas actifs dans les domaines de la création ne vivent pas au même rythme que nous et que par conséquent, ils ont une conception différente de la vie. Lorsque nous sortons, c’est en général pour prendre l’air. Bien que j’aie une vie de famille, je n’ai pas les mêmes priorités. Les personnes qui travaillent de 9 à 5, rentrent chez elles et peuvent se permettre de mettre de côté leur travail et de plonger dans un autre monde en regardant un film ou en lisant un livre. Les artistes ne s’arrêtent jamais : leur art les occupe 24 heures sur 24, même pendant leur sommeil. Je veux être créatif en permanence. C’est la raison pour laquelle je suis venu habiter au centre de Bruxelles. La ville m’inspire parce qu’elle ne s’arrête jamais.

 

votre plus beau souvenir d’un concert récent ?

C’était le Mark Turner Quartet à De Werf (Bruges) en novembre dernier. J’avais déjà vu le groupe à l’œuvre il y a de cela quelques années mais ce concert-ci était encore plus fort. La manière dont les quatre musiciens jouaient comme s’ils ne formaient qu’un seul bloc, était tout bonnement impressionnante. Certains considèrent l’approche de Turner comme trop intellectualiste et pourtant, tout ce qu’il fait semble tellement couler de source. Cela vaut aussi pour le trompettiste du groupe, Avishai Cohen. Il fait ce qu’il veut de son instrument mais avec une élégance à nulle autre pareille. Et c’est sans parler de la section rythmique. C’est pourquoi un Jazz Tour des Lundis d’Hortense ou une tournée dans le cadre des JazzLab Series sont si importants. Vous pouvez vous produire en groupe lors d’une série de concerts qui se succèdent et cela porte ses fruits. C’est la manière idéale pour un groupe de faire des progrès et d’évoluer.

 

… le dernier CD ou album que vous vous êtes offert ?

 « Weightless » de la chanteuse Becca Stevens. Je l’ai découverte tout récemment ; elle chante en effet un morceau sur le dernier CD d’Ambrose Akinmusire, « The Imagined Savior Is Far Easier to Paint ». Elle était étudiante à la section jazz de la Manhattan School of Music à l’époque où Akinmusire y était. Son album a une consonance folk. Elle joue aussi de la guitare. Mais il y a bien davantage, elle va dans le sens de l’esthétique scandinave et me fait penser un peu à Björk. Récemment, j’ai également acheté un album d’Ólöf Arnalds, elle aussi est islandaise. Les voix m’inspirent énormément. La trompette permet de produire des sons très proches de la voix humaine. Il y a moyen de faire retentir les sons à l’extrême, on passe de sonorités chaleureuses et lyriques à des résonances impétueuses et assertives. Ce n’est que maintenant que je commence à apprécier mon instrument à sa juste valeur. Ses possibilités sont inouïes et de ce fait, c’est d’autant plus difficile.

 

… votre expression favorite du moment ?

Cela vient de Max Roach : « Noire, blanche, jaune, bleue à pois roses, jazz, variétés, classique, toutes ces distinctions sémantiques sont perfectionnées pour séparer, heurter, opposer les musiciens. Elles ne représentent rien, ne renvoient à rien d'autre qu'à la musique ». D’où le fait que je joue dans pas mal de groupes différents. Peu importe le style ou le genre, tant que la musique est bonne et que vous restez fidèle à vous-même et à votre jeu. Dès que vous essayez d’imiter quelqu’un ou quelque chose, ça se passe mal et bien plus vite que vous ne le pensez. Il est indiscutable que tout le monde subit des influences diverses. Il est pour ainsi dire impossible à l’heure actuelle d’être tout à fait original à cause de tout ce qui s’est déjà fait. Difficile aussi d’être au courant de tout ce qui se fait aux quatre coins du globe.
Je prends plaisir dans chaque groupe au sein duquel je joue, c’est un aspect non négligeable. Et alors, je pense toujours à ce qu’a dit un jour Wynton Marsalis à propos des musiciens : ils n’exercent pas une profession car une profession exige du travail ; les musiciens quant à eux jouent de la musique. C’est un jeu… bien qu’il y ait parfois des situations difficiles. Il faut à chaque fois trouver le juste lien avec les autres. Cela signifie que vous devez constamment faire preuve de flexibilité.