Toine Thys

Après ses aventures avec Rackham et Take the Duck, Toine Thys (saxophone ténor et soprano, clarinette basse) a entamé un nouveau chapitre sous son propre nom : le Toine Thys Trio.

Bonnefooi, 21.02
18h00.: Toine Thys, Matthias de Waele, Marco Bardoscia

Théâtre Marni, 27.02
21h00.: Toine Thys Trio - GRIZZLY (sortie de album)

 

Qui est… Toine Thys ?

Après ses aventures avec Rackham et Take the Duck, Toine Thys (saxophone ténor et soprano, clarinette basse) a entamé un nouveau chapitre sous son propre nom : le Toine Thys Trio, un peu en somme comme l’expression anglo-saxonne « Same same but different ». Arno Krijger, maître incontesté de l’orgue Hammond, est toujours à ses côtés mais cette fois, Toine s’est adjoint les services du jeune prodige de la batterie Antoine Pierre.

Le premier CD du trio, ‘The End of Certainty’, imprégné de la meilleure tradition jazzy, a surtout révélé trois musiciens à l’inventivité débordante. Aujourd’hui, cela fait déjà cinq ans. Antoine Pierre a remplacé Joost van Schaik. Cette arrivée récente décuple l’énergie du groupe. L’accent est mis sur le groove et la dimension rythmique de la musique.

Cela n’empêche pas Toine Thys, comme il en a l’habitude, de s’engager sur différents fronts.

Son tout dernier groupe se nomme DERvISH, avec lequel, aux côtés de Patrick Dorcean et Dries Lahaye, il navigue entre jazz, improvisation et électro-beats. Tout à l’opposé, il compose « La Mélodie Philosophale », un conte musical pour enfants qu’il a créé en compagnie de Jens Bouttery et d’Eric Bribosia, et qui depuis lors remporte un franc succès, même auprès des adultes.

Entre-temps, il fait régulièrement la navette entre Bruxelles et Paris où il s’est également construit un réseau. Par ailleurs, il collabore avec le trompettiste Laurent Blondiau à un projet africain, Les Ventistes du Faso. Autre connexion africaine est celle qu’il a via le groupe Afrikän Protoköl autour du saxophoniste Guillaume Van Parys.

Dans le passé, notre homme s’est rendu à plusieurs reprises aux États-Unis pour s’y produire avec le duo new-yorkais Dizzy Ventilators.

Toine Thys est en outre l’un des rares musiciens à se rendre compte qu’humour et jazz ne sont pas nécessairement à l’opposé l’un de l’autre. En plus, il est très conscient de la valeur ajoutée qu’apporte un contact direct avec le public et c’est donc volontiers qu’il participe régulièrement à des jam sessions au quatre coins de la ville « afin de rester au contact de la jeune génération ».

À l’époque, il évoquait sa soif insatiable d’aventures lors d’une entrevue avec Agenda : « Ma devise est que la certitude est source de problèmes. Ainsi, je suis incapable de vous dire ce que j’apprécierai ou non d’ici deux ans. Mon but est, chaque jour, de découvrir la beauté qui se cache en toute chose. Pour ce faire, il faut en permanence garder les yeux et les oreilles ouverts et se laisser surprendre. »

Quel (le) est…

… votre lieu préféré à Bruxelles ?

J’opte pour Bozar. Cela peut sembler étrange pour un musicien de jazz mais je voyage énormément et de ce fait, je me rends compte de l’importance de la culture et des opportunités qui nous sont offertes à cet égard à Bruxelles. Il y a toujours quelque chose à découvrir au Bozar et l’offre dépasse généralement les attentes que vous en avez. Ainsi, j’ai pu y voir récemment Jozef Dumoulin à l’ouvrage – et ce n’est pas un musicien qu’on associerait spontanément au style de la maison. Les expositions aussi y sont toujours particulièrement intéressantes. J’ai dernièrement visité celle consacrée à l’auteur de BD français Tardi dont le regard sur la première guerre mondiale est pour le moins particulier. Bozar rend accessible la culture au sens large au grand public et cet aspect revêt à mon sens une importance capitale.

votre plus beau souvenir d’un concert récent à Bruxelles ?

Le trio de Jean-Paul Estiévenart avec Sam Gerstmans et Antoine Pierre au théâtre Marni le 27 novembre de l’année dernière. Déjà, l’endroit est sympa et bien entendu, je connais les trois musiciens depuis pas mal de temps. Mais ceci dit, Jean-Paul est quelqu’un qui parvient à inspirer les autres. Avec sa musique, il est sans cesse à la recherche de nouvelles alternatives. Je pense qu’il y a peu de musiciens belges qui passent autant d’heures à étudier. Il veut atteindre la perfection. Chaque fois que je l’entends jouer, il me donne cette envie de m’améliorer. Moi aussi, je travaille beaucoup mais sa quête de la beauté dans la musique a de quoi stimuler et force tout simplement le respect. Cela fait du bien de savoir qu’un musicien de son calibre habite à Bruxelles.

… le dernier CD ou album que vous vous êtes offert ?

Je suis ouvert à de nombreux genres musicaux différents et je joue aussi dans des groupes aux styles divergents. C’est pourquoi je mentionnerai trois albums que j’ai achetés récemment. Le premier est « When Planets Explode » de Dorian Concept. Cela s’inscrit dans la lignée de ce que je fais avec DERvISH. Avec les membres du groupe (ndlr, le bassiste Dries Laheye et le batteur Patrick Dorcean), nous n’arrêtons pas de nous échanger des conseils et aussi nos coups de cœur. Et cet album en est un de Patrick.

Une autre nouveauté que je me suis procurée, est « The Imagined Savior Is Far Easier to Paint » d’Ambrose Akinmusire. Il fait partie de ces musiciens internationaux qui me touchent particulièrement. Son approche est la combinaison idéale entre un processus de création musicale bien pensé d’une part et d’autre part, une vision directe centrée sur l’émotion. Il suffit d’écouter le premier titre de ce CD. Il y a trois ans, je l’ai vu en concert à l’occasion du festival Jazz à Liège et sa prestation était tout aussi impressionnante. Une expérience inouïe pour tout musicien !

Enfin, j’ai acheté « Bach : Cello Suites » de Heinrich Schiff. C’est sans doute mon petit côté schizophrène. Pour l’instant, je passe tous les jours une heure à jouer du Bach sur mon saxophone soprano. Je dois avouer que c’est mon moment préféré de la journée. Je suis loin d’être un grand interprète classique mais c’est une musique qui me fait vraiment du bien.

… votre expression favorite du moment ?

« On est ensemble » dans le sens où « Nous sommes proches, je suis près de toi et toi près de moi ». C’est une expression couramment utilisée au Burkina Faso. Avec Laurent Blondiau, j’y ai un projet qui s’appelle Les Ventistes du Faso : nous donnons des cours à des musiciens locaux. Lorsque vous remerciez quelqu’un parce qu’il vous est venu en aide, ils ne vous répondent pas « Avec plaisir » mais « On est ensemble ». C’est très révélateur de l’importance qu’ils accordent aux liens qui les unissent. C’est le genre de notion africaine que nous ferions bien d’adopter davantage chez nous.